J’ai le plaisir de vous relayer ici le texte des éditions Attila
Le jury du 6e prix Nocturne, ressuscité par Attila en 2005, a récompensé le mercredi 7 décembre dernier
Les Cobayes, de l’écrivain tchèque Ludvík Vaculík
Editions tchèques de
La Hache (Sekyra, 1966), Paris, Gallimard, 1972
Les Cobayes (Morčata, 1970), Paris, Gallimard, 1974
La Clé des songes (Český Snář, 1980), Arles, Actes Sud 1989
Les Cobayes ont obtenu quatre voix au 2e tour de vote, contre deux aux Soldats de la mer, de Yves et Ada Rémy (à qui a été décerné le prix Séléné), et une au Voyage imaginaire, de Léo Cassil (qui… surprise… sera réédité par Attila en mars).
Fils de charpentier, né le 23 janvier 1926 à Brumov (dont il gardera des traces de la langue, populaire, drue, volontiers anticonformiste), Ludvík Vaculík suit une formation de cordonnier chez Bata avant de faire des études de sciences politiques et sociales, puis d’éduquer les apprentis dans les usines de coton. Journaliste, il déploie sa critique sociale dans les plus importants organes de l’intelligentsia réformiste. Son roman La Hache évoque le sort de son père et l’itinéraire d’un jeune journaliste, confronté, d’un idéal l’autre, à l’usurpation du pouvoir.
Son discours au congrès des écrivains de 1967 sur la situation politique dans le pays (« aucune question humaine n’a été résolue en l’espace de vingt ans ») est analysé comme l’un des signaux du Printemps de Prague. Après son écrasement, il rédige le manifeste des « Deux milles mots », où il demande à la population de défendre une culture et un socialisme purifiés des tares du passé. Ce texte est dénoncé omme une plate-forme de la contre-révolution et aboutit à sa seconde exclusion du parti : son œuvre est mise à l’index.
Au ban de la société, mais se refusant à l’exil, Vaculík publie de manière clandestine, sous forme de samizdats, deux romans : Les Cobayes (1970) et La Clef des songes (1980). Le premier relate, au rythme d’une progression insidieuse, les dérèglements dans la vie d’un employé de banque qui a voué sa vie à l’observation de deux cobayes ; le second est une chronique de l’oppression qui témoigne de son expérience et de sa surveillance policière, au jour le jour, sous le régime communiste. Dans l’utilisation d’une voix faussement neutre et apaisante pour signifer des allégories troublantes, l’auteur des Cobayes a été comparé à Vonnegut et à Roald Dahl. Vasek, l’un de ses narrateurs, s’excuse de parler par énigmes. Mais le lecteur est comme lui : il n’a pas fini de découvrir le véritable sens des cobayes.
Vaculík participe avec d’autres dissidents à la fondation de la Charte 77 et crée les éditions Petlice (“sous les verrous”), où il publie Jaroslav Seifert, Hrabal, Havel, Ivan Klima, ce qui lui vaut les poursuites persévérantes de la police d’Etat, la STB. Après la chute du régime communiste, il publie trois ouvrages à caractère autobiographique. Et continue de commenter, dans des feuilletons hebdomadaires, la vie politique et sociale, dans la tradition de Capek ou Havel.
“Je suis, moi, de ce genre d’hommes qui, dans un premier temps de leur vie politique, écoutent l’enseignement du parti et, dans un deuxième temps, s’en débarrassent car il brouille leurs vues personnelles.”
(Ludvik Vaculik, La Hache, p.56)
Dobrý objev ! et pour ceux qui ne parlent pas encore le tchèque : “bonne découverte” !
Tags:littérature tchèque, période communiste, Prix littéraire, prose, Vaculik